09 novembre 2008

Log 33. Anatomie du Gris

Pensée du jour : "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme"
Fond musical : The Vines - Autumn Shade II

finaljinrohOn s'habitue vite au gris. On ne se sent pas exceptionnellement heureux, mais on avance petit à petit, jour après jour. Et on ne se sent pas mal, c'est déjà ça. Pour ma part, vivre dans le gris passait tout d'abord par le fait d'accepter d'exister sans "vivre" aussi pleinement que dans mon idéal. De mettre de côté ma recherche du Bonheur avec un grand B, pour me contenter de choses plus simples. Le gris, c'est la zone neutre qui se situe entre "oublier qui on est et baisser les bras pour devenir une ombre" et "se retrouver et être en paix avec soi même". Cette zone grise, j'avais décidé de m'y camoufler après une rencontre mitigée avec une personne qui -je le croyais- me ressemblait. L'expérience n'avait pas été complètement négative puisqu'elle m'avait montré que j'étais encore capable d'être intrigué par quelqu'un (voir Log précédent), mais il s'est avéré que cette personne était encore plus perdue que moi. De quoi relativiser donc, et laisser de côté un moment mes aspirations, mes grandes espérances. Je remettais donc mon masque de normalité, et replongeais dans le fleuve du quotidien, sans rien attendre d'autre que la tranquillité pour quelques temps ...

Mais, j'aurais dû m'en douter, la vie ne vous laisse pas respirer longtemps. Elle ne tolère pas ce genre d'état de flottement, et vous encourage sans cesse à basculer d'un côté ou d'un autre : le Bonheur ou la Déchéance. Je ne pense que le destin s'acharne spécialement contre moi, et je n'accèpte pas l'idée qu'une entité supérieure monte des plans machiavéliques à mon encontre, mais les faits sont là : le gris ne peut pas durer, et quelque chose vient toujours faire pencher la balance. En l'occurence, ce sont mes parents, et leur santé respective en déclin, qui me sortent de ma torpeur. L'un hospitalisé ici, l'autre en Vendée, et moi bloqué par mes obligations, mes responsabilités. Le réveil est difficile, je ne sais pas quoi faire, je me sens impuissant. J'essaie de me montrer à la hauteur, je fais tout mon possible, épaulé par ma soeur. Mais la vérité c'est que je suis effrayé de les voir comme ça. Et je ne comprends pas pourquoi, malgré tous les maux dont ils sont responsables, leur état peut encore me toucher autant.

Je ne peux rien faire, simplement imaginer ce que je changerais si je pouvais retourner dans le passé, quand j'étais gamin. Est-ce que je ferais en sorte de les séparer plus tôt, afin qu'ils ne se détruisent pas autant (et moi par la même occasion) ? Je regrette de ne pas pouvoir plus discuter avec eux, de façon naturelle, de mes craintes et mes espoirs. Mais j'aurais trop peur qu'ils découvrent quel individu ils ont créé : une personne presque incapable de spontanéité, un monstre d'analyse. Et surtout, je ne pourrais pas m'empêcher de les accuser. Les nuits sans sommeil sont de retour. D'une façon inexplicable, j'alterne les soirs où je les maudis et ceux où je me sens responsable de ce qui leur arrive. Une fois de plus, mes sentiments sont un mystère pour moi ...

"Le but de la vie est inconnu, et c'est pourquoi la vraie façon d'être n'est pas accessible aux créatures vivantes. Qui peut dire si les schizophrènes n'ont pas raison ? Monsieur, ils accomplissent un courageux voyage. Ils se détournent des choses simples que l'on peut tenir et utiliser. Ils se tournent vers l'intérieur d'eux même, vers la Signification. Et c'est là que réside le vide noir et sans fond, l'abîme. Qui sait s'ils pourront en revenir, et s'ils y parviennent, qui peut dire comment ils seront alors ? Je les admire pour leur courage"
Héliogabale, Glissement de Temps sur Mars

Fin de transmission.

Posté par V A A N à 16:47 - Commentaires [8] - Permalien [#]


Commentaires sur Log 33. Anatomie du Gris

    La vie s'rait un peu relou, si tu t'connaissais comme certains chercheurs connaissent le trou d'balle des gens (cf, les proctologues, cette caste de gens fous qui ont décidé, à un moment donné de leur vie, d'étudier les fondements humains).

    En attendant, j'peux pas disserter sur ta théorie, mais il est vrai que certaines périodes sans évènements, où il ne se passe rien, donnent un côté "gris-rêve" à ta propre vie.
    Et un pote, de te demander : "t'as fait quoi de ta semaine ?" "bin, rien."

    Par contre, je t'apporte mon soutien moral, parce que c'est pas quelque chose de jojo qu'tu traverses, et j'sais pas si s'connaître servirait, ou si être un monstre d'analyse c'est tellement grave, mais en tout cas, j'sais que du soutien moral, c'est toujours réconfortant.

    Reste fort, sois un mâle, un vrai !

    Posté par Yass, 09 novembre 2008 à 19:44 | | Répondre
  • Je fais au mieux Yass, merci de ton soutien.

    Ca fait plaiz de te lire, j'pensais que t'avais complètement disparu de la blogosphère. J'espère que tout roule comme tu veux de ton côté.

    Posté par Vaan, 09 novembre 2008 à 21:17 | | Répondre
  • Qui ne se sentirait pas apeuré et impuissant face à une telle situation ? Et ce malgré les maux qu'ils ont pu te causer.

    Se replonger dans l'enfance rassure face à l'incertitude du présent, on s'imagine posséder un certain contrôle. Ce n'est qu'une illusion de contrôle, mais rechercher les causes aux événements qui nous arrivent rassure.

    Étudier ses propres sentiments est difficile, voire impossible, car tellement subjectif. Et ce manque de contrôle effraie terriblement.

    Courage.

    Posté par Vem, 10 novembre 2008 à 21:00 | | Répondre
  • Qui a dit "On ne choisit pas sa famille." ?

    Récemment j'ai eu quelques altercations familiales également. Je te passe les détails. Toujours est-il que cela fait déjà longtemps que chaque réflexion que je fais à ce sujet aboutie à cette conclusion/solution:

    Ma famille m'a toujours permis d'accéder à un certain niveau de vie, de culture, de réflexion et je leur en suis reconnaissant, mais les effusions familiales ne sont pas faites pour moi.
    Donc une fois arrivé à un mode de vie me permettant de subvenir seul à mes besoins, je pense me séparer de cette famille qui crée plus de problèmes qu'elle n'en résout.
    Je vais donc m'appliquer à couper peu à peu cette corde familiale, et à en recréer une, à terme.
    C'est une solution prise d'un point de vue logique et non sentimental bien que dans mon cas le sentimental n'influence que très peu (mais cela dépend des personnes et des familles).

    Voilà, peut-être que ça peut te donner une base de réflexion supplémentaire.
    Et n'oublie pas que si les héros de RPG n'ont jamais de famille c'est parce que cela leur simplifie extremement la vie. =]

    Posté par Daguerreo, 11 novembre 2008 à 02:23 | | Répondre
  • La zone grise : l'ennui au quotidien, la sensation qu'on perd tout sentiment et qu'on ne fait plus partie du monde mais qu'on en est qu'un observateur extérieur, plus rien n'a d'intérêt, on ne se sent pas mal mais on ne se sent pas bien non plus, on se fout de mourir et on se fout de vivre. La solution : sortir, rencontrer des gens, développer ses aptitudes sociales ... on sait tous les deux que c'est la solution mais on n'arrive pas à se motiver à le faire par manque d'intérêt justement du à la zone grise. Un cercle vicieux en somme.

    Posté par A Fallen angel, 20 novembre 2008 à 19:03 | | Répondre
  • Pfffui ...
    J'suis avec toi.
    C'est clair que la vie ne laisse pas de repis ... la physique m'apprend que tout système tend vers le chaos et l'autodestruction.
    ça colle avec ta théorie du gris ...

    Que dire, que faire, que penser.
    Dire que si ça te touche, c'est normal.
    Faire ... essayer d'avancer, en prenant le temps de respirer.
    Penser, qu'un jour ça ira mieux. Toujours penser que le meilleur arrive.

    Posté par Léa, 26 décembre 2008 à 14:04 | | Répondre
  • Pfffui ...
    J'suis avec toi.
    C'est clair que la vie ne laisse pas de repis ... la physique m'apprend que tout système tend vers le chaos et l'autodestruction.
    ça colle avec ta théorie du gris ...

    Que dire, que faire, que penser.
    Dire que si ça te touche, c'est normal.
    Faire ... essayer d'avancer, en prenant le temps de respirer.
    Penser, qu'un jour ça ira mieux. Toujours penser que le meilleur arrive.

    Posté par Léa, 26 décembre 2008 à 18:51 | | Répondre
  • Pas de nouvelles, bonne nouvelle ?

    Posté par Persilya, 19 avril 2009 à 23:12 | | Répondre
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